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Interview with IPHR’s Director

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Interview with IPHR’s Director
Interview with IPHR’s Director

This interview with IPHR’s director was published at the website of Droit-Inc Québec on 12 May 2014. Available in French only.

La voix des Hommes

Par : Emeline Magnier | Le : 2014-05-12 15h00

Après avoir commencé sa pratique en grand bureau, cette avocate a pris un virage à 180 degrés en se lançant dans un combat contre les atteintes aux droits de l’Homme. Rencontre avec une femme engagée..

Me Brigitte Dufour est directrice d’International Partnership for Human Rights (IPHR), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Bruxelles dont l’objectif est la défense des droits de l’Homme.

Cofondée en 2008 par l’avocate, l’organisation offre un soutien à différentes ONG locales implantées principalement en ex-URSS et en Asie centrale, et les aide à faire valoir leur plaidoyer devant les instances internationales.

Avec un frère et une sœur avocats chez Borden Ladner Gervais – Mes Valérie et André Dufour- et un début de carrière au sein du cabinet Robic, Me Dufour avait devant elle un chemin tout tracé, direction pratique de grand bureau, terminus en gare associée.

Mais avec un baccalauréat en études russes en poche, elle savait déjà en commençant son droit qu’elle irait au-delà des frontières du Québec. « J’avais une idée bien ancrée de faire quelque chose qui me permettrait d’utiliser le droit comme outil et de jumeler le russe avec mon intérêt pour le droit international», dit-elle.

Pendant ses études en linguistique, elle a passé un été en Bulgarie, état à l’époque communiste répressif. Apprenant que la jeune femme se rendait dans son pays natal, un réfugié politique canadien lui avait demandé de remettre de l’argent à ses parents.

C’est en rencontrant cette famille et en constatant l’horreur dans laquelle elle vivait qu’elle a eu un déclic. « J’ai réalisé les vies si différentes qu’on pouvait avoir en fonction des pouvoirs politiques en place. Ces gens dormaient sur la terre battue pendant que leur fils était vétérinaire à Montréal, propriétaire d’une maison avec piscine. L’injustice m’a sauté aux yeux.»

« Les grands bureaux, pas pour moi »

Après son bac en droit, elle décroche un stage puis un emploi chez Robic en droit de la propriété intellectuelle, un des domaines de droit qui l’intéressait le plus, se remémore-t-elle. Si elle en garde un bon souvenir, le temps qui passait lui rappelait qu’elle n’était pas devenue juriste pour ça. « J’avais des bons collègues, un bon patron, mais ce n’était pas pour moi». Après trois ans en pratique privée, elle décroche un contrat d’un an avec une ONG et quitte Montréal pour Vienne.

« Il y en a plus d’un qui ont dû penser que j’étais tombée sur la tête, mais ce n’était pas une crise de la trentaine», dit-elle en riant.

Elle travaillera pendant 14 ans au sein de cette organisation fondée sur la réalisation des accords d’Helsinki- devenu l’acte fondateur de l’Organisation pour la sécurité et la coopération européenne- et dont l’objectif était d’aider les ONG locales à développer des projets et à faire valoir leur position au niveau international.

Cette expérience l’aura conduite à vivre à Prague, Bratislava et finalement Bruxelles en 2005. Contactée par différentes ONG qui souhaitaient bénéficier de son soutien, elle créera sa propre organisation en collaboration avec quatre collègues – dont deux autres avocates membres du Barreau du Québec – Mes Marie-Hélène Côté et Josée-Anne Simard. Aujourd’hui, International Partnership for Human Rights regroupe 10 personnes dans différentes villes du monde dont Istanbul, Genève, Kiev et Bruxelles.

Influencer les décisions politiques

L’ONG intervient en matière de droits civils et politiques et agit comme intermédiaire entre ses homologues locales et les autorités compétentes en leur offrant une assistance pour internationaliser leurs projets. Elle les aide à produire des rapports, à présenter des demandes aux autorités compétentes et tente d’influencer les décisions politiques pour qu’elles prennent en compte leurs revendications en matière de droit de l’Homme. « Nous nous basons toujours sur le droit et on ne porte jamais de jugement », explique Me Dufour

IPHR intervient dans des dossiers variés, certains bien plus médiatisés que d’autres. Il y a deux ans, l’organisation a notamment accompagné des Turkmènes au Conseil des droits de l’Homme de New York pour déposer leurs rapports aux experts missionnés pour évaluer la situation existante dans leur pays, l’une des pires dictatures au monde, selon Me Dufour « Au Turkménistan, les prisons sont totalement fermées: il y a une centaine de prisonniers politiques dont on a aucune nouvelle et la Croix Rouge ne peut pas y entrer ! »

Grâce à leur intervention, les experts ont pu avoir un éclairage suffisant et faire des recommandations appropriées visant à influencer le Turkménistan, qui aux dires de l’avocate, n’aime pas la mauvaise presse.

Soutien à la Crimée

La Russie est aussi un des grands terrains d’intervention en matière d’atteinte aux droits de l’Homme. « Après la chute de l’Union soviétique, on a pu croire que les choses s’amélioreraient, mais la répression se réinstalle avec des visées expansionnistes », souligne Me Dufour. Droits des homosexuels, extrémisme et xénophobie, les combats ne manquent pas.

« Nous avons envoyé une mission en Crimée pour entendre des personnes qui ont du se déplacer suite à l’annexion russe. » Un rapport en cours de rédaction sera prochainement déposé auprès des institutions de l’Union européenne.

Interrogée sur l’accolade entre Me Marcel Aubut et Vladimir Poutine lors des Jeux Olympiques de Sotchi, l’avocate indique qu’il aurait pu se contenter d’une poignée de main. « C’est dans ce genre de manifestation qu’on a l’occasion de montrer qu’on a une conscience et qu’on désapprouve certains comportements.»

Étendre son action

Si sa mission la conduit à voyager dans les zones les plus en crise, elle précise toutefois ne jamais avoir craint pour sa vie, malgré quelques petites frayeurs. « Le pire qu’il puisse m’arriver, c’est qu’on me déporte. Ils savent les problèmes que cela pourrait occasionner. C’est plus facile de ne pas me donner de visa et c’est une façon moins sanglante! »

Passionnée par son travail, l’avocate doit toujours se battre pour obtenir les financements nécessaires pour assurer la pérennité des actions de son ONG. Les subventions sont accordées par projets et proviennent en majorité de l’Union européenne et de l’Open Society Foundation, basée à New York.

Elle souhaite désormais étendre ses interventions et reproduire les actions entreprises en ex-URSS, dans les pays du Golfe où les atteintes aux droits de l’Homme sont majeures. «Notre mission est plus difficile, ces pays sont extrêmement riches et les pressions économiques se sont pas aussi efficaces.»

Me Dufour a encore devant elle un long chemin, parsemé de grandes batailles, de petites avancées, et de beaucoup de reconnaissance.

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